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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 11:32

C'est ma faute ,. Nous n'aurions pas du y aller, à Paris ou plutôt je n'aurais pas vous  entraîner dans ce petit voyage que je voulais  nostalgique dans le Paris des Auvergnats  du début du siècle.

 

Emmener mon petit monde Rue de Lappe , Passage Thiéré , dans le quartier de la rue de la Roquette , à Bastille sur les trace de Bouscatel, le roi des cabrettaires du début du XX eme siècle. Se payer un pot à la Galoche d'Aurillac , le rendez vous mythique des musiciens auvergnats de l'après guerre.

 

Bon je sais qu'on est cent ans après l'age d'or de la cabrette à Paris , que les derniers bals ont fermés dans les années cinquante et que seul subsitent encore de cette vie auvergnate  passionnante dans ce quartier, le Balajo et l'épicerie "chez Teil " fournisseur officiel de tripoux et de Gentiane et de jambons d'Auvergne et "la galoche" .

 

 

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je sais que ces quartiers ont été livrés aux promoteurs immobiliers , aux fripiers et aux requins de la nuit parisienne.

 

Mais de là à subir ça !

 

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         On y mange quoi à Lou Cantou des tortillas au bleu d' Auvergne?

 

Pour aller à la Galoche, il faut descendre la rue de Lappe depuis la Roquette, donc nous passons forcement devant ce qui fut  la Boule Rouge , le Bal Bousca ....

 

 

 

Ce qu'il y a à la place donne envie de pleurer , des laveries automatiques, des tapas, des night-club clubs, des bars de nuits aux noms plus ou moins exotiques. Ce n'est ni beau , ni subtil, c'est sale ...La nuit ça doit briller de lumières de toutes les couleurs. C'est bobo parisien , touristique , jeune bref c'est ça me déplaît.

 

 

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Le Balajo est encore là , temoin d'une époque ou les faiseurs  et les fats se faisaient remettre en place :

 

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             I-"ici quand les hommes parlent , les gonzesses se taisent  ! écrivait Monsieur Audiard

 

Bon la programmation c'est beaucoup de Salsa et Nigt club "danse floor " faut bien vivre ...

 

Nous passons devant le mythique 13 rue de Lappe là ou Bouscatel avait ouvert son bal en 1902. Là ou tout à commencé.

 

bouscatel

 

 

La Bastille  est ce lieu où les auvergnats s'étaient plus ou moins  installés depuis plusieurs siècles mais qu'ils ont littéralement pris d’assaut à la fin du XIX me siècle , se créant un monopole sur le charbon, les débits de boissons et ce qu'on appelle aujourd'hui les loisirs de la nuit. La fête et la danse.La cabrette y est née, avec l'accordéon amené par les italiens , autre peuple immigrant à Paris, les bals à la cabrette, à la musette  y sont devenus les bals musettes, la cabrette s'est effacée progressivement mais le nom est resté: Le musette. Les plus grands musiciens du genre (Bouscatel, Chanal, Ranvier, Bernard, Cros , Ladonne y ont joué.  Les auvergnats ( en fait surtout des aveyronais et des cantalous y avaient recréé leur Auvergne : Musique, danse  fabrication d'intruments ( les cabrettes les plus prestigieuses furent fabriquées par Franc, Costeroste, Amadieu, Dufayet  , qui étaient installés à Paris  ) les maisons d'éditions musicale (les disques Le Soleil ).  

 

 

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Dans les bals du début du siecle , on payait à la danse avec les jetons de bal. En voici quelques uns , Le Bal "Carcanague"   au 13 rue de Lappe, ancien bal Bousca , revendu en 1911, "La boule rouge" au N° 8 , Le Bal Soulies au 27, Le Bal Rouzaire était 25 rue au Maire dans le 3° arrondissement , leBal Raymond se trouvait Rue FRémicourt dans le 15 ° arrondissement .

 

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Voici un trés intéressant récit de Léon la Lune : les bals Auvernats 1922 décrivant l'ambiance de cette époque.

 

Bon à la place du 13 , d'une plaque , d'un bistrot, d'un bal  il y a ça  :

 

 

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Et là franchement si je tenais l'architecte qui a fait cette horreur , il verrait ce qu'est la colère d'un bougnat. J'étais encore sur la "capitale " quand les travaux ont commencé ,Sur les affiches publicitaires , Il devait y avoir de la verdure, des terrasses, ça devait s'appeler le Bouscat, tu parles d'une ironie ! il reste ce truc jaune pisseux moche .. à pleurer je vous dit !

 

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Nous continuons , devinons les devantures des vieux bals dont il reste la structure de base , un siècle plus tard , ces très  longues vitrines , impossible de ne pas voir ici les barreaux verts ou la boule rouge , les 3 colonnes .

 

 

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Les échoppes des ferrailleurs , des marchands de charbon. de salaisons , les bistrots :  les traces existent encore  si on cherche .. on en trouve encore mais pour combien de temps ?

 

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Mais le pire ,pire que le 13 , pire que la devanture du Cantou c'était ça :

 

 

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Ele est la Galoche ? il reste bien mes deux musiciens et le Célèbre panneau , mais c'est quoi ça !!?

 

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Désemparé, j'étais désemparé , la cabrette que j'avais à mon épaule était devenue très lourde tout à coup !

On ne devrait jamais revenir sur les lieux qu'on aime , on devrait les garder intact dans sa mémoire seulement. Anne Jo me voyait presque en larme.

 

La famille Bonnet devait être une des plus anciennes familles cantaliennes  installée ici , Ca avait commencé par la fabrique des sabots et de Galoches au début du XIX  eme siècle, je crois . Puis des Sabots , on y a vendu des cochonnailles, des produits venus du pays pour ravitailler en produits du pays les originaires de la rue, La boutique de salaisons est devenue bistrot, puis restaurant.

 

 C'est là que les disciples de Bouscatel, les héritiers, Jacqures Berthier,  les frères  Marginier, Georges Soule, Roger Aldebert et bien d'autres y fondent et installent  Cabrettes et cabrettaires aprés la guerre. Alors que l'instrument n'est plus fabriqué et surtout plus enseigné en Ile de France . Ils fabriquent , enseignent aux jeunes et relance la tradition depuis la Galoche. Recréent une tradition que la guerre avait failli faire disparaître.

 

Cabrettes et Cabrettaires

 

Comment on a  pu faire ça  ? Vendre ! Quelle trahison !!

 

Et comme un coup de grâce : le nom de Monsieur Bonnet toujours là sur la porte de fer. Comme quelque chose qui dit  : « oui oui c'était bien là mais on a tout cassé et c'est pas fini parce qu'il faut aussi qu'on enlève les musiciens là haut et ce nom sur la porte.

 

 

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C'est ce que nous confirmera un voisin, un breton (si si c'est vrai !)

 

"Vous savez ici ça change tout le temps ,tous les six mois en fait, c'est la spéculation, les gens achètent les boutiques et les revendent six mois plus tard. Ils se foutent de savoir ce qu'ils vendent , de l' 'histoire du quartier . Là c'est un tapas , dans six mois ce sera autre chose..."

 

Ma cabrette est de plus en plus lourde, j'ai l'impression qu'elle veux crier, se plaindre, hurler , je ne vais pas pouvoir la tenir longtemps. Anne jo m’entraîne , nous redescendons la rue.

 

il faut que je joue, c'est important. Nous nous arrêtons dans un des derniers bistrots au cachet d'époque , pour prendre un verre de rosé surtaxé ...je demande gentillement si je peux sortir la cabrette pour jouer. La patronne me donne son accord.

 

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Là je sors mon soufflet, ma poche et mon pied Fabre de 42 en Si , le plus beau , dans la tonalité fétiche de Bouscatel

ni trop grave , ni trop aigu. La plus belle des tonalités.

 

d'abord timide et toussotante, malheureuse , la musette refuse de parler :

 

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« Laisse moi je veux pas jouer "beau " je veux juste grogner ! et puis  il fait trop chaud , je joue pas juste ! »

 

Mais le fait de jouer ici dans la rue de Lappe , dans "sa" rue , la rend belle à nouveau , le vent dans l'anche trouve sa place et elle part dans un regret , blues , une plainte comme j'en joue rarement , elle pleure doucement .

 

Et nous comprenons , Anne Jo et moi  à quel point, cet instrument a  (avait ) sa place ici dans cette rue ..parce que le son court,  , se faufille dans les passages adjacents, monte le long des façades, rentre dans les appartements. rebondis sur les façades.

 

"Écoutez tous, je suis une cabrette , je suis la petite sœur  de toute celles qui ont créé cette rue, qui l'ont enchanté, qui l'ont fait connaître dans le monde entier .." Il ya un siècle, ce son était celui de la rue de Lappe, souvenez vous en car le rue s'en souvient ! Écoutez !



Je suis peut être la dernière !



 

Je termine mon regret et nous restons silencieux.. aucun autre instrument ne peux parler de cette façon. Le maître Ranvier le disait : jouer de la cabrette c'est faire parler ton âme ... c'est te mettre à nu !

 

 

Le patron (qui a attendu que je termine , reconnaissons lui ça ) me demande d’arrêter parce que des clients  dorment dans l’hôtel. (Il est onze heures et demi du matin )

 

 Nous nous regardons , Anne jo et moi, le camion de livraison diesel qui stationnait et polluait les terrasses dix minutes plutôt ne le genait point semble t il. Bon c'est Paris . La   muflerie connue jusqu'en Chine  des loufiats parisiens ne nous étonne pas vraiment . Nous peine , oui ,mais ne nous étonne pas !

 

Je range la musette , et nous entendons des applaudissements. Nous levons la tête et en face dans l'immeuble qui semble être un ensemble de loft  et ateliers d'artistes , au sixième étage, une jeune femme apparaît qui nous félicite.

 

Je la remercie . Et je le fait encore tout de suite :

 

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Chère Mademoiselle je ne connais pas votre nom, je ne le connaîtrai jamais . Que les fées du bonheur et de la grâce accompagne vos création et le chemin de votre vie. Vous avez apporté à ce fiasco total , une lumière de joie qui l 'éclaire à jamais.  C' est vous , et votre sourire que nous n'oublierons pas . Merci.

 

Après avoir été plus ou moins virés d'une façon tout en nuance par la patronne. Nous finissons la descente de la rue de Charonne par ce panneau que les touristes et les parisiens connaissent bien. Ou est retracée l'histoire du quartier .

 

 

 

 

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Bon ça rappelle  une anche géante  d'accord , alors enfin un hommage aux cabretaïres , ça pourrait être bien mais quand on examine le texte de prés...

 

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Même là  c'est un massacre : au son du musette et de l'accordéon . Pourquoi les pontes qui écrivent ce genre de textes ne prennent ils pas conseils auprés des érudits , des historiens de la rue de Lappe à ceux qui savent Philippe Krûmm ou André Ricros ....

 

Voila, le règne des bobos, des hipsters a commencé. Nous nous préparons des années difficiles, les temps changent .

 

and Winter is coming !!

 

 

Pour une géographie plus précise du Paris des Bals Musette  : le trés documenté article de Philippe Krûmm sur son blog :

 

 

 

un autre article sur le sujet "la re de Lappe aujourd'hui :

 

Alors on ne passe plus  

 

 

 

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